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Les Hommes, richesse des entreprises

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Par Jacques Legendre, Sénateur (France). Secrétaire général parlementaire de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

Le président français Jacques Chirac a quitté la table du Conseil européen le 23 mars dernier pour protester contre l’intention annoncée de M. Ernest-Antoine Seillière, ancien « patron des patrons » français et « patron des patrons des patrons » européens, de s’exprimer en anglais. Il est en effet choquant d’entendre un francophone s’exprimer à la table du Conseil en anglais, en justifiant de surcroît son attitude au prétexte que l’anglais serait devenu « la langue des entreprises ». Cet incident dépasse, et de loin, sa simple dimension franco-française.

Relevons tout d’abord que ce sont les Hommes qui font la richesse des entreprises ; les Hommes parlent des langues, reflets de leurs cultures. Contrairement à ce qu’affirme Ernest-Antoine Seillère, il n’existe pas « une langue de l’entreprise », mais des langues parlées par les Hommes de l’entreprise : cette position, récemment validée par la justice française, doit être défendue avec force et constance, tant elle met en jeu la notion même de diversité linguistique, élément constitutif d’une diversité culturelle dont la Communauté internationale a récemment convenu à l’Unesco de se porter garante.

Mes fonctions de Secrétaire général parlementaire m’amènent à rappeler que les députés de notre Assemblée placent le respect de la diversité linguistique au premier rang de leurs préoccupations. Pour eux, le français est leur langue maternelle ou la langue qu’ils ont choisi d’apprendre et de parler tout en restant fidèles à leur langue maternelle.

Comme le Bureau de notre Assemblée l’avait rappelé lors de sa réunion de Strasbourg en 2003, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie s’inquiète de la disparition annoncée de nombreuses langues car la mort d’une langue est toujours une perte pour l’humanité.

Nous constatons que la diversité linguistique est remise en cause par ceux qui considèrent que, dans un monde globalisé, le recours à une langue unique est source d’efficacité et d’économie. Il ne faut pas s’y tromper, le monolinguisme est un danger. De la langue unique à la pensée unique, il n’y a qu’un pas que certains semblent pressés de franchir.

Parler sa langue, être informé dans la langue de son pays, est un droit qui ne doit être contesté à personne, sous aucun prétexte, même au nom de la libre circulation des biens. L’Europe, le monde ne seront acceptables que s’ils respectent la diversité linguistique et culturelle nécessaire à l’homme car elle est au cœur de la personnalité de chacun.

Je ne doute pas que notre prochaine session de Rabat sera l’occasion de rappeler à tous les Etats qu’exprimer leur personnalité dans la langue de leur choix est un droit inaliénable. Les parlementaires francophones tiennent à rappeler qu’ils sont à l’avant-garde de ce combat, pour la promotion du français, pour celle plus largement de la diversité linguistique.